- Identité : Verner Panton (1926 à 1998), architecte et designer danois formé à l’Académie royale des beaux-arts de Copenhague.
- Pièce phare : la Panton Chair, chaise empilable en plastique moulée d’un seul bloc, développée avec Vitra et présentée en 1967.
- Signature : couleurs saturées, courbes, matières synthétiques et lumière pensée comme un matériau.
- Actualité : ses modèles sont toujours édités, et 2026 marque le centenaire de sa naissance.
Derrière la recherche « panton designer » se cache presque toujours un seul homme : Verner Panton, né à Gamtofte, sur l’île danoise de Fionie, et disparu à Copenhague. Il a signé la Panton Chair, premier siège en porte-à-faux fabriqué d’une seule pièce en plastique, mais aussi la Cone Chair, des luminaires comme Flowerpot ou VP Globe et des intérieurs psychédéliques où le sol, les murs, le plafond et les meubles ne font qu’un. Là où ses compatriotes cultivaient le bois clair et la retenue, il a choisi le rouge, l’orange, le violet et les formes géométriques. Voici son parcours, ses œuvres, ses matériaux, son lien avec Vitra et ce qu’il a laissé au design du XXe siècle.
Verner Panton, designer danois : de Gamtofte à Bâle
Verner Panton voit le jour le 13 février 1926 dans un petit village de Fionie. Ses parents tiennent une auberge, et le jeune homme rêve d’abord de devenir peintre. Il suit pourtant une voie technique : l’école technique d’Odense lui donne une formation d’ingénieur en construction, avant qu’il n’entre à l’Académie royale des beaux-arts de Copenhague pour y étudier l’architecture. Il en sort diplômé au début des années 1950.
De 1950 à 1952, il travaille dans l’agence d’Arne Jacobsen, la figure tutélaire du modernisme danois. C’est l’époque où naît la chaise Fourmi (Ant), en contreplaqué moulé, et Panton participe aux recherches menées au sein du bureau. Cette relation professionnelle lui apprend la rigueur de l’industrie, mais aussi qu’il ne veut pas rester dans l’ombre d’un maître. En 1955, il fonde son propre studio d’architecture et de design.
Suivent des années d’errance féconde. Panton sillonne l’Europe à bord d’un minibus Volkswagen transformé en atelier mobile, rencontre fabricants et architectes, teste ses idées. En 1958, il réaménage l’auberge familiale Komigen et y installe ses premiers sièges coniques : tout est rouge, du plafond aux nappes. La presse danoise, déroutée, le surnomme vite l’enfant terrible du design local.
Au début des années 1960, jugeant le Danemark trop frileux face à ses projets, il s’installe en Suisse, à Bâle puis à Binningen, avec son épouse Marianne Pherson Ohertenheim, qui l’accompagnera dans toute sa carrière. Ce déplacement le rapproche de l’industrie allemande et suisse, de Vitra et du chimiste Bayer AG. Il meurt le 5 septembre 1998 à Copenhague, quelques jours avant l’ouverture d’une exposition qui lui était consacrée au Danemark.
Chronologie de Verner Panton en dates clés
| Année | Événement |
|---|---|
| 1926 | Naissance à Gamtofte, sur l’île de Fionie |
| 1950 à 1952 | Collaborateur d’Arne Jacobsen à Copenhague |
| 1955 | Fondation de son studio de création |
| 1958 | Auberge Komigen et Cone Chair |
| 1959 ou 1960 | Premiers dessins et maquettes de la future Panton Chair |
| 1960 | Aménagement de l’hôtel Astoria à Trondheim, en Norvège |
| 1967 | Présentation de la Panton Chair produite avec Vitra |
| 1968 | Visiona 0 à Cologne, lampe Flowerpot |
| 1969 | Intérieurs du groupe de presse Der Spiegel à Hambourg, Living Tower, VP Globe |
| 1970 | Visiona 2 et son « Phantasy Landscape » pour Bayer AG |
| 1971 | Lampe Panthella, restaurant Varna à Aarhus |
| 1998 | Décès à Copenhague |
| 2000 | Grande rétrospective au Vitra Design Museum de Weil am Rhein |
| 2012 | La cantine du Spiegel est remontée au musée des Arts et Métiers de Hambourg |
| 2026 | Centenaire de sa naissance, expositions et rééditions |
Les créations iconiques de Verner Panton
La Panton Chair, une chaise en porte-à-faux d’un seul bloc
L’idée obsède Panton dès la fin des années 1950 : une chaise sans pieds arrière, sans assemblage, sans vis, qui serait une seule ligne continue du dossier au sol. Le principe du porte-à-faux existait déjà dans l’acier tubulaire, et la chaise Zig Zag de Gerrit Rietveld l’avait traduit en bois dès les années 1930. Personne n’avait encore su le faire tenir en plastique monobloc. Il faudra près de dix ans d’essais, de matériaux abandonnés et de moules retouchés avant que la Panton Chair soit présentée en 1967. Empilable, légère, facile à déplacer, elle devient immédiatement une icône pop, au point d’apparaître dans la mode, la publicité et le cinéma.
Cone Chair et Heart Cone Chair : le siège devient sculpture
Conçue en 1958 pour l’auberge Komigen, la Cone Chair repose sur un cône renversé posé sur un pied en croix. Sa coque garnie de mousse et de tissu donne l’impression d’un objet en lévitation. Sa variante Heart Cone, dotée de deux « oreilles » arrondies, pousse le jeu graphique plus loin. Une anecdote souvent rapportée raconte qu’une vitrine new-yorkaise exposant ces sièges aurait attiré une telle foule que la police aurait demandé son retrait.
Luminaires Panton : Flowerpot, VP Globe, Panthella
Pour Panton, une lampe ne sert pas seulement à éclairer : elle colore l’espace. La suspension Flowerpot (1968), faite de deux demi-sphères opposées, résume l’esthétique « Flower Power ». La VP Globe (1969) enferme ses réflecteurs dans une bulle d’acrylique transparente, tandis que la Panthella (1971) diffuse une lumière douce sous un dôme blanc posé sur un pied évasé. Il signe aussi des abat-jour en coquillages, des lampes Moon à lamelles et des suspensions en fil métallique.
Visiona et Spiegel : les environnements intérieurs complets
Le Panton le plus radical n’est pas celui des objets isolés. Lors du salon du meuble de Cologne, le groupe Bayer AG loue un bateau sur le Rhin pour y présenter ses fibres synthétiques, et confie à Panton l’aménagement des espaces. Visiona 0, en 1968, puis Visiona 2, en 1970, transforment la cale du navire en paysages habitables : grottes molles, niches capitonnées, plafonds ondulés et lumières colorées. On ne s’assoit plus sur un meuble, on s’allonge dans une architecture textile.
En 1969, le magazine Der Spiegel lui confie ses nouveaux bureaux de Hambourg. Cantine, bar, piscine, couloirs : chaque zone reçoit sa propre gamme chromatique, ses lampes et ses revêtements muraux. Le Living Tower, tour d’assise sculptée sur plusieurs niveaux, et le fauteuil Amoebe (1970) prolongent cette logique de mobilier qui se confond avec l’espace. Le restaurant Varna, à Aarhus, en offre une autre démonstration au début des années 1970.
Synthèse des pièces Verner Panton éditées aujourd’hui
| Pièce | Conception | Matériau principal | Éditeur actuel |
|---|---|---|---|
| Panton Chair | 1959 à 1967 | Polypropylène teinté ou mousse rigide laquée (version Classic) | Vitra |
| Cone Chair et Heart Cone Chair | 1958 et 1959 | Coque rembourrée, tissu, piètement en métal | Vitra |
| Living Tower | 1969 | Structure en bois, mousse et tissu | Vitra |
| Amoebe | 1970 | Mousse et tissu | Vitra |
| Flowerpot | 1968 | Métal laqué | &Tradition |
| VP Globe et Panthella | 1969 et 1971 | Acrylique et métal | Louis Poulsen |
| System 1-2-3, lampes Wire et Moon | Années 1960 et 1970 | Selon modèle : bois, métal, tissu | Verpan |
Le style Verner Panton : couleurs vives, plastique et lumière
« Le gris, le beige et le blanc rendent les gens tristes », répétait-il en substance. Sa démarche repose sur une expérimentation chromatique méthodique. Il ne pose pas une couleur au hasard : il travaille par familles, du rouge au violet en passant par l’orange, ou du vert au bleu, et fait glisser une teinte vers sa voisine pour créer une ambiance unique dans chaque pièce. Il a d’ailleurs consigné sa théorie dans un petit ouvrage sur la couleur publié au début des années 1990.
Ses textiles, notamment ceux de la collection Mira-X lancée à la fin des années 1960, déclinent cercles, carrés et ondulations dans des gammes étroites. On est loin des arabesques et des éventails du Papier peint art déco : chez Panton, le motif géométrique sert à rythmer un volume entier plutôt qu’à orner un mur. Cette volonté de couvrir chaque surface explique aussi pourquoi certains amateurs, inspirés par ses intérieurs, osent colorer des supports inattendus ; notre guide pour Peindre l’ardoise montre par exemple qu’un matériau minéral peut lui aussi changer de teinte avec la bonne préparation.
La lumière complète ce vocabulaire. Diffusée à travers l’acrylique, réfléchie par des lamelles métalliques ou tamisée par des abat-jour en coquillages, elle sculpte les couleurs. Panton pense ses pièces comme un tout : sol, murs, plafond et meubles forment un même organisme. C’est cette fusion de l’architecture et du design qui distingue son œuvre d’une simple collection d’objets réussis.
Comment se fabrique une Panton Chair
Le parcours technique de la chaise raconte à lui seul l’histoire des plastiques industriels. Chaque version correspond à un matériau et à un procédé différents :
- Polyester renforcé à la fibre de verre (1967) : les premiers exemplaires sont stratifiés et poncés à la main, puis laqués. Le résultat est beau mais long et coûteux à produire.
- Mousse rigide de polyuréthane (fin des années 1960) : on injecte dans un moule un mélange liquide qui gonfle et durcit. Ce moulage par injection de mousse de polyuréthane, mis au point avec Bayer, permet une forme plus régulière, qu’il faut encore laquer.
- Thermoplastique teinté (années 1970) : moins cher, il évite la peinture, mais se révèle cassant dans le temps. La production s’arrête à la fin de la décennie.
- Polypropylène injecté (fin des années 1990) : la version actuelle, teintée dans la masse, est solide, recyclable et adaptée à un usage intensif. Panton a suivi sa mise au point peu avant sa disparition.
Cette relation causale entre matériau et forme est essentielle : sans les progrès de la chimie des polymères, la plasticité formelle rêvée par Panton serait restée sur le papier.
Verner Panton et Vitra : une coopération au long cours
Au début des années 1960, Panton cherche un industriel capable de produire sa chaise. Les grands fabricants danois refusent. C’est en Suisse qu’il trouve un interlocuteur : Willi Fehlbaum, patron de Vitra, entreprise alors installée près de Bâle, accepte de financer les recherches. Avec l’ingénieur Manfred Diebold, l’équipe teste moules et résines pendant plusieurs années. La chaise est d’abord diffusée en partenariat avec l’Américain Herman Miller, ce qui lui assure une visibilité internationale.
Après l’interruption des années 1970, Vitra relance la Panton Chair, en améliore la formule et assure depuis une production en série continue, complétée par des rééditions : la Panton Chair Classic, fidèle à l’aspect laqué d’origine, la Panton Junior pour enfants, la Cone Chair, l’Amoebe ou le Living Tower. Le Vitra Design Museum, à Weil am Rhein, conserve de nombreuses pièces et documents du designer et lui a consacré une rétrospective majeure en 2000. Pour l’acheteur, c’est une garantie : une pièce estampillée Vitra respecte les cotes et les couleurs validées.
Panton face aux autres figures du design danois
Le Danemark des années 1950 est le pays du « Danish Modern » : bois massif, artisanat, confort discret. Panton en est le contrepoint. Le tableau ci-dessous aide à situer sa singularité.
| Designer | Matériau de prédilection | Rapport à la couleur | Pièce repère |
|---|---|---|---|
| Arne Jacobsen | Contreplaqué moulé, acier, mousse | Mesuré, souvent naturel ou monochrome | Chaise Fourmi, fauteuil Egg |
| Hans J. Wegner | Bois massif | Teintes naturelles du bois | Wishbone Chair |
| Finn Juhl | Teck sculpté | Chaleureux, accents ponctuels | Chieftain Chair |
| Poul Kjærholm | Acier, cuir, osier | Sobre, quasi minéral | PK22 |
| Verner Panton | Plastiques, mousse, acrylique | Saturé, gammes complètes | Panton Chair |
À l’échelle nordique, le Finlandais Alvar Aalto avait déjà assoupli le modernisme avec le bois courbé et des formes organiques. Panton pousse cette souplesse jusqu’à l’artificiel assumé, en remplaçant la fibre du bois par la fluidité du polymère.
Héritage de Verner Panton dans le design du XXe siècle
Son influence dépasse largement le mobilier. Les décors de science-fiction, les plateaux de télévision des années 1970 et une partie de l’esthétique rétrofuturiste puisent dans ses intérieurs. La Panton Chair, elle, a traversé les décennies comme un symbole de modernité : en 1995, une couverture de magazine de mode montrant Kate Moss assise sur le modèle a relancé sa notoriété auprès d’une nouvelle génération.
Sa liberté chromatique a ouvert la voie au design radical italien. Le groupe Memphis, emmené par Ettore Sottsass, retrouvera cette joie de la couleur et ce refus du bon goût ; notre portrait Ettore designer retrace d’ailleurs cette filiation. Quant à l’idée qu’un architecte doive dessiner jusqu’à la chaise et la lampe, elle se retrouve chez de nombreux bâtisseurs, de Jacobsen à Lord Foster, qui a lui aussi signé du mobilier édité en série.
Aujourd’hui, l’œuvre de Panton relève du patrimoine design. Musées, galeries et éditeurs entretiennent sa mémoire, et le centenaire de 2026 a multiplié expositions, numéros spéciaux et éditions colorées. Pour les étudiants en design, il reste un cas d’école : celui d’un créateur qui a compris que l’innovation formelle naît souvent d’une innovation matérielle.
Acheter, reconnaître et vivre avec une pièce Verner Panton
Côté décoration, une pièce Panton fonctionne rarement noyée parmi d’autres objets bavards. Une Panton Chair rouge autour d’une table en bois clair, une Flowerpot orange au-dessus d’un îlot blanc ou une VP Globe dans un salon aux murs neutres suffisent à créer un point focal. Les collectionneurs, eux, s’intéressent aux éditions anciennes, aux tissus Mira-X d’époque et aux luminaires des années 1960 et 1970 vendus en galerie.
Pourquoi Verner Panton était-il surnommé l’enfant terrible du design danois ?
Parce qu’il prenait le contre-pied de la tradition nationale. Au moment où le Danemark exportait des meubles en bois sobres et artisanaux, il proposait des sièges en plastique, des intérieurs entièrement rouges et des paysages en mousse. Ses projets choquaient autant qu’ils fascinaient, ce qui l’a poussé à travailler surtout à l’étranger.
Quel est le prix d’une Panton Chair neuve ?
À titre indicatif, la version en polypropylène se trouve généralement autour de quelques centaines d’euros, tandis que la Panton Chair Classic, laquée, dépasse nettement les mille euros. Les tarifs varient selon le revendeur et la couleur, il est donc utile de comparer les prix affichés au moment de l’achat.
Comment savoir si une Panton Chair est vintage ou récente ?
Il faut regarder sous l’assise. Les exemplaires récents portent des marquages moulés indiquant l’éditeur et souvent l’année de fabrication. Les modèles anciens en polyester ou en mousse laquée sont plus lourds, et les versions en thermoplastique des années 1970 présentent fréquemment des fissures. En cas de doute, un expert ou une galerie spécialisée pourra authentifier la pièce.
La Panton Chair peut-elle être utilisée en extérieur ?
La version en polypropylène teinté dans la masse supporte un usage sur une terrasse ou dans un jardin. Une exposition prolongée en plein soleil peut toutefois atténuer légèrement les couleurs avec le temps. La Panton Chair Classic, laquée, reste réservée à l’intérieur.
Peut-on encore visiter un intérieur imaginé par Verner Panton ?
Oui, en partie. La cantine colorée conçue pour Der Spiegel a été démontée puis remontée au musée des Arts et Métiers de Hambourg, où elle est présentée au public. Le Vitra Design Museum et plusieurs musées danois organisent aussi régulièrement des expositions qui recréent ses environnements, notamment autour du centenaire.
Quel rôle Verner Panton a-t-il joué auprès d’Arne Jacobsen ?
Il a été collaborateur de son agence au début des années 1950, au moment où Jacobsen développait la chaise Fourmi. Panton y a appris les contraintes de la production industrielle et du contreplaqué moulé, avant de prendre son indépendance pour suivre une voie bien plus expérimentale.
