Ettore designer : qui était Ettore Sottsass, le père du groupe Memphis ?

Bibliothèque Carlton multicolore du designer Ettore Sottsass, pièce emblématique du groupe Memphis

Quand on tape ettore designer, on cherche presque toujours Ettore Sottsass, architecte et designer italien né à Innsbruck en 1917 et mort à Milan en 2007. Il est connu pour avoir fondé le groupe Memphis en 1980, ce collectif milanais qui a bousculé le meuble avec des couleurs franches, des stratifiés imprimés et des formes presque totémiques. Avant cela, il avait dessiné pour Olivetti la machine à écrire Valentine et l’ordinateur Elea 9003. Son apport tient en une idée : un objet ne sert pas seulement, il raconte quelque chose et provoque une émotion.

  • Nom complet : Ettore Sottsass Jr, architecte et designer italien.
  • Dates : né le 14 septembre 1917 à Innsbruck, mort le 31 décembre 2007 à Milan.
  • Repère majeur : fondateur du groupe Memphis (1980), figure du design radical.
  • Œuvres phares : machine à écrire Valentine, bibliothèque Carlton, miroir Ultrafragola, céramiques et verres.

Ettore designer : de quel Ettore parle-t-on vraiment ?

Le prénom prête à confusion, et c’est souvent la première chose à régler. Trois personnes peuvent remonter derrière cette requête. La plus probable, de très loin, est Ettore Sottsass, celui que tous les résultats de recherche placent en tête. Son père, Ettore Sottsass Sr (1892 à 1953), était lui aussi architecte, d’où le « Jr » accolé au nom du fils dans les catalogues et les notices de musée. Enfin, quelques internautes pensent à Ettore Bugatti, génie de la mécanique et des lignes automobiles, dont la famille compte aussi un créateur de meubles, Carlo Bugatti.

Dans le vocabulaire courant de la décoration et des arts décoratifs, « Ettore » employé seul renvoie pourtant à Sottsass. C’est lui que citent les antiquaires du XXe siècle, les maisons de ventes et les commissaires d’exposition. Le reste de cet article lui est consacré.

Biographie d’Ettore Sottsass : d’Innsbruck aux ateliers milanais

Ettore Sottsass naît en Autriche, mais grandit dans le Trentin puis à Turin, dans un milieu où l’on parle architecture à table. Il obtient son diplôme d’architecte à l’École polytechnique de Turin en 1939, juste avant que la guerre ne l’envoie sous l’uniforme italien dans les Balkans. Revenu à la vie civile, il s’installe à Milan et y ouvre son atelier en 1947. En 1949, il épouse l’écrivaine Fernanda Pivano, traductrice d’Hemingway et passeuse de la littérature américaine en Italie : ce lien avec la contre-culture américaine pèsera sur tout son travail.

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Le tournant professionnel arrive à la fin des années 1950. Après un court passage à New York chez George Nelson, il devient conseiller design d’Olivetti, entreprise alors en pointe sur l’électronique. Il y conçoit des machines de bureau et des ordinateurs pendant près de trois décennies. En parallèle, il collabore avec l’éditeur de mobilier Poltronova et produit des céramiques très personnelles. Un voyage en Inde en 1961, puis une grave maladie rénale soignée aux États-Unis en 1962, nourrissent une réflexion presque spirituelle sur l’objet, que l’on retrouve dans ses séries de céramiques des années 1960.

Année Repère
1917 Naissance à Innsbruck, le 14 septembre
1939 Diplôme d’architecture à l’École polytechnique de Turin
1947 Ouverture de son atelier à Milan
1958 Début de la collaboration avec Olivetti
1959 Ordinateur Elea 9003, récompensé par le Compasso d’Oro
1969 Machine à écrire Valentine, avec Perry King
1970 Miroir Ultrafragola et Mobili Grigi pour Poltronova
1980 Fondation de Sottsass Associati et du groupe Memphis
1981 Première exposition Memphis à Milan, en septembre
1985 Sottsass quitte Memphis pour se consacrer à l’architecture
2007 Décès à Milan, le 31 décembre

À partir du milieu des années 1980, l’agence Sottsass Associati prend le relais : maisons particulières aux États-Unis et en Asie, aménagements intérieurs, boutiques, et même une partie de l’aéroport de Milan Malpensa. Le designer continue de dessiner des vases et des verres jusqu’à la fin de sa vie.

Le style Sottsass : couleur, symbole et design radical

Pour comprendre sa signature visuelle, il faut partir de ce qu’il refusait. L’après-guerre italien est dominé par le rationalisme : la forme suit la fonction, les lignes sont sobres, les matériaux nobles. Sottsass juge cette approche trop froide. Il veut des objets qui parlent aux sens, à la mémoire, à l’humour. On le range ainsi parmi les figures du design radical italien, aux côtés de collectifs comme Archizoom, Superstudio ou le Studio Alchimia, avec lequel il collabore à la fin des années 1970.

Son langage formel repose sur quelques constantes faciles à repérer :

  • La couleur saturée : rouge, jaune, bleu ciel, rose, souvent juxtaposés sans transition.
  • Le stratifié plastique imprimé, matériau de cuisine et de café populaire qu’il élève au rang de surface décorative.
  • Les formes géométriques empilées, qui donnent à ses meubles une allure de totem ou de petite architecture.
  • Le symbole : ses pièces évoquent des temples, des autels, des figures humaines plus que de simples rangements.
  • L’ironie, enfin, qui assume le kitsch et le mélange des références populaires et savantes.
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Ce qui rend son apport distinctif, c’est la cohérence entre ces choix et une pensée. Sottsass écrivait beaucoup, photographiait, voyageait. Pour lui, le design était une manière de questionner la société de consommation de l’intérieur, en fabriquant des objets si expressifs qu’ils obligent à se demander à quoi sert un meuble. Cette posture a profondément marqué le postmodernisme des années 1980 et l’histoire du design contemporain.

Les œuvres emblématiques d’Ettore Sottsass

Son catalogue est immense : machines, meubles, luminaires, céramiques, bijoux, verres, bâtiments. Quelques pièces iconiques reviennent pourtant dans toutes les rétrospectives.

Olivetti : l’Elea 9003 et la machine à écrire Valentine

L’Elea 9003, présenté en 1959, est l’un des premiers ordinateurs italiens. Sottsass y applique une logique d’ergonomie et de couleurs codées pour rendre la machine lisible par ses opérateurs. Dix ans plus tard, la Valentine, dessinée avec Perry King, transforme la machine à écrire en accessoire nomade et désirable : coque en plastique rouge, valise intégrée, ton résolument jeune. Elle est devenue l’un des objets les plus exposés du design italien.

Memphis : la bibliothèque Carlton et ses sœurs

Le 11 décembre 1980, Sottsass réunit chez lui à Milan de jeunes designers, dont Michele De Lucchi, Matteo Thun, Aldo Cibic, Martine Bedin, George Sowden et Nathalie Du Pasquier. Le groupe Memphis présente sa première collection en septembre 1981 et provoque un véritable choc. La bibliothèque Carlton, sorte de bonhomme multicolore aux étagères obliques, en devient le symbole. Le buffet Casablanca, le meuble Beverly ou la lampe Ashoka relèvent de la même énergie. Karl Lagerfeld meuble alors un appartement monégasque presque entièrement en Memphis, ce qui assure au mouvement une visibilité mondiale.

Céramiques, verre et miroir Ultrafragola

Moins connues du grand public, les céramiques comptent parmi ses travaux les plus intimes : séries sombres et méditatives au début des années 1960, totems vernissés plus tard. Le verre occupe aussi une place importante, avec des vases soufflés en collaboration avec des maîtres verriers vénitiens. Ceux qui s’intéressent au Murano verre retrouveront chez lui le goût des couleurs franches et des assemblages de pièces soufflées séparément. Quant au miroir Ultrafragola de 1970, encadré d’ondulations lumineuses, il connaît aujourd’hui une seconde vie sur les réseaux sociaux.

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L’architecte des dernières années

Sottsass n’a jamais cessé d’être architecte. Avec Sottsass Associati, il signe la Wolf House dans le Colorado, des villas à Hawaï ou en Belgique, et des intérieurs à Milan Malpensa. On y retrouve ses volumes colorés et assemblés comme des blocs, à une échelle cette fois habitable.

Sottsass parmi les grandes figures du design et de l’architecture

Situer Ettore Sottsass par rapport à d’autres créateurs aide à mesurer sa place dans l’histoire du design. Là où le modernisme cherchait une forme universelle, il revendique la subjectivité. Le contraste est frappant avec un bâtisseur comme Oscar Niemeyer, dont le parcours est retracé dans notre article Niemeyer architect : tous deux aiment la courbe et la sensualité des formes, mais Niemeyer reste attaché au béton et à une monumentalité sereine, quand Sottsass joue la provocation et le fragile. L’écart est encore plus net avec la haute technologie défendue par Norman Foster, présenté dans notre portrait de Lord Foster.

Créateur Courant Matériaux de prédilection Rapport à la fonction
Ettore Sottsass Design radical, postmodernisme Stratifié, céramique, verre, bois laqué Subordonnée à l’émotion et au symbole
Dieter Rams Fonctionnalisme allemand Aluminium, plastique neutre Centrale, « moins mais mieux »
Oscar Niemeyer Modernisme brésilien Béton armé Servie par une forme libre et courbe
Norman Foster High-tech Acier, verre Pilotée par la performance technique

Ce tableau simplifie évidemment des carrières foisonnantes, mais il montre bien pourquoi Sottsass fait figure d’exception : il est l’un des rares à avoir travaillé à la fois pour l’industrie la plus rationnelle, avec Olivetti, et pour l’avant-garde la plus insolente, avec Memphis.

Pourquoi le nom d’Ettore Sottsass revient autant aujourd’hui

La curiosité pour ce designer italien n’a rien d’une mode passagère. Plusieurs phénomènes l’alimentent en même temps. Les grandes expositions, comme la rétrospective du Centre Pompidou en 1994 ou celles organisées à New York et à Milan pour le centenaire de sa naissance en 2017, ont installé son œuvre dans le patrimoine culturel. Les ventes aux enchères ont fait le reste : la dispersion de la collection de David Bowie en 2016, riche en pièces Memphis, a rappelé au public que ces meubles autrefois jugés criards sont désormais recherchés par les collectionneurs.

Le style Memphis infuse aussi la décoration actuelle. Motifs en zigzag, pastilles colorées, pieds en forme de boule : on les retrouve dans le textile, la vaisselle, la papeterie, jusque sur les carrosseries personnalisées. Pour qui rêve d’appliquer ce graphisme à son véhicule, le Prix d’un covering voiture dépend surtout de la surface couverte et de la complexité du motif. Plus largement, l’idée défendue par Sottsass, selon laquelle un objet du quotidien mérite une vraie présence esthétique, se lit dans l’intérêt actuel pour des équipements autrefois purement utilitaires, du luminaire au Barbecue design installé sur la terrasse.

Enfin, beaucoup tapent son nom simplement pour vérifier une attribution : un vase repéré en brocante, une lampe vue dans un intérieur photographié, un meuble en vente en ligne. Dans ce cas, la prudence s’impose, car le marché compte de nombreuses copies et des rééditions officielles. Documenter la provenance, chercher les marquages de l’éditeur et comparer avec les catalogues raisonnés reste la démarche la plus sûre avant de collectionner.

Ettore Sottsass et Ettore Bugatti sont-ils la même personne ?

Non. Ettore Bugatti (1881 à 1947) est le constructeur automobile fondateur de la marque Bugatti à Molsheim, en Alsace. Ettore Sottsass (1917 à 2007) est un architecte et designer italien, fondateur du groupe Memphis. Seul le prénom les rapproche.

Quel objet a rendu Ettore Sottsass célèbre auprès du grand public ?

La machine à écrire portative Valentine, dessinée pour Olivetti en 1969 avec Perry King. Rouge vif, en plastique, rangée dans une valise assortie, elle a fait entrer le design industriel dans la culture pop et figure aujourd’hui dans plusieurs collections de musées.

D’où vient le nom du groupe Memphis ?

Le soir de la réunion fondatrice, en décembre 1980, un disque de Bob Dylan tournait en boucle sur la chanson Stuck Inside of Mobile with the Memphis Blues Again. Le mot Memphis a été retenu parce qu’il évoquait à la fois la ville du blues américain et la capitale de l’Égypte antique.

Où peut-on voir des créations d’Ettore Sottsass ?

Ses pièces sont conservées dans de grandes institutions, dont le Centre Pompidou à Paris, le MoMA et le Metropolitan Museum of Art à New York ou la Triennale de Milan. Des galeries spécialisées et des ventes aux enchères de design présentent aussi régulièrement des meubles, céramiques et verres signés.

Une pièce Memphis d’époque se distingue-t-elle d’une réédition ?

Oui, par plusieurs indices : étiquette ou marquage de l’éditeur, nature et usure du stratifié, quincaillerie, documentation de provenance. Les rééditions officielles existent et sont légitimes, mais leur valeur n’a rien à voir avec celle d’une pièce des années 1980. Pour un achat important, l’avis d’un expert en design du XXe siècle reste la meilleure précaution.